Je suis tombé par hasard sur cette vidéo surprenante. Si à l’époque en France nos gamins pouvaient boire un coup de pinard à la cantine, les Américains quant à eux buvaient certainement du petit lait, mais jouaient à s’irradier, comme quoi, chaque pays avait sa propre tolérance aux risques. Voici Le Gilbert U-238 Atomic Energy Lab, un jouet hors norme sorti tout droit d’une époque où l’atome était au cœur de toutes les recherches.
Si vous tapez « le jouet le plus dangereux du monde » sur Google, bingo, vous tombez sur le laboratoire d’énergie atomique d’Alfred Carlton Gilbert. C’était un kit pour enfants des années 50 qui contenait, 3 sources de radiation et 4 minerais d’uranium radioactifs. « Les fabricants et notre inventeur juraient qu’il n’y avait aucun danger », explique Vula Saradakis, conservatrice au Musée des sciences et de l’industrie de Chicago. « Les émissions radioactives étaient très faibles effectivement mais ce n’est pas pour autant que je conseillerais aux enfants de garder ces échantillons collés à la peau toute la journée. »

Avec sa valisette rouge imitation peau de serpent, ce kit avait clairement été pensé pour faire briller les yeux des futurs nerds du labo. À l’intérieur, on apercevait un jeune homme manipulant une chambre à brouillard de Wilson. La valise était livrée avec un manuel d’instructions, une bande dessinée intitulée « Comment Dagwood a fissionné l’atome », et même un guide pour prospecter l’uranium. D’ailleurs il était écrit sur la boite que quiconque trouvait un gisement d’uranium recevrait 10 000 dollars du gouvernement Américains. Le coffret contenait également un compteur Geiger livré avec ses piles. Si si vous le connaissez, c’est ce petit signal électrique qui émet des « clic clic clic ». Plus c’est rapide, plus le niveau de radioactivité est élevé.
Le kit comprenait aussi des billes en caoutchouc pour modéliser les particules alpha, une chambre à brouillard à assembler soi-même pour observer les traînées de vapeur, et un spinthariscope pour admirer les scintillations de la désintégration alpha. À vos souhaits ! Cerise sur le gâteau, la boîte fournissait un électroscope permettant la mesure du niveau de radiation émis par les sources ou les minerais. À vos amours.
Entre 1950 et 1951, 5000 exemplaires ont été fabriqués, cependant, les ventes ont été catastrophiques, nous précise Vula Saradakis sur cette vidéo. Le kit fut abandonné deux ans après, non pas à cause des risques, mais visiblement personne n’y portait grand intérêt. L’ensemble coûtait 50 dollars, soit environ 520 dollars actuels, une somme assez conséquente, il faut l’admettre.
« C’était comme une boîte de Pandore scientifique, on l’ouvrait, on jouait avec et on réalisait un peu plus tard que ce n’était peut-être pas une idée si géniale que ça. »

Il était même possible de commander de nouveaux échantillons grâce à un coupon qui précisait qu’avec le temps, la radioactivité se dissiperait au point de rendre les expériences impossibles.

