Je ne sais pas si vous avez franchi le cap, mais moi ça y est. Un peu tard peut-être, mais c’est fait. Il y a deux semaines, j’ai quitté la suite JetBrains et mon fidèle PhpStorm pour Visual Studio Code de Microsoft la loose ! Pas par rejet du produit, mais parce que la suite JetBrains est payante pour les services d’IA. C’est avec un peu de regret que je lâche donc cet outil. Pourtant j’avais mes habitudes, mes automatismes, mes raccourcis, mais je sais que je peux configurer VSCode de la même manière.
Depuis ce changement d’IDE, je ne fais que prompter Codex. Et je pèse mes mots. Je n’ai pas écrit une seule ligne de code depuis deux semaines. Honnêtement, je ne sais pas quoi en penser. C’est bluffant, parce que ça fonctionne incroyablement bien. Et en même temps, c’est flippant, parce qu’au fil des prompts, j’ai la sensation que le code m’échappe finalement.
J’ai commencé la refonte complète d’une application qui s’est rapidement imposée à l’organisation de mon entreprise. Un projet qui, à l’époque, avait été lancé sans cahier des charges. On m’avait prévenu dès le départ que ça ne devait pas durer longtemps. Résultat, des compromis. Des raccourcis. Du code pas documenté, pas assez sécurisé, pas assez structuré. Comme je ne suis pas dans une boîte de dev qui fait du dev, j’avais carte blanche et personne pour me contraindre à quoi que ce soit, ce qui est top. Donc en surface, pour l’utilisateur, c’est beau, ça marche, mais en dessous il manque du travail.
Aujourd’hui, avec l’IA branchée directement au terminal de VsCode, je corrige tout ça. Sécurité, architecture, optimisation. Et là, c’est bluffant. L’IA crée des fichiers, restructure des dossiers, corrige des erreurs, fait des commits, pousse les modifications. Elle inspecte l’environnement, analyse les logs, détecte les incohérences. Une erreur en console, et elle propose un patch en quelques secondes. Là où j’aurais passé une heure à remonter les dépendances, elle va droit au but et me laisse scotché sur place. A coups de doigts ultra véloces fracassant mon clavier en mode nerd, j’enchaîne les prompts pour combler les lacunes du code. Je sais tout ce qu’il manque, ce qui est à faire, mais le retard est tel qu’il en est décourageant.
En deux semaines de prompts, j’ai l’impression d’avoir gagné trois mois de travail. Trois mois de boulot acharné ! Comment, après ça, on peut envisager de revenir à un rythme escargotique, un rythme humanoïde. C’est là le problème. Une fois qu’on a goûté au produit, on ne peut plus faire marche arrière.
Au fil des prompts, je vois apparaître des fichiers que je n’ai même pas pris la peine d’ouvrir. Des structures que je n’ai pas pensées moi-même. Là où, habituellement, j’écris d’abord un code simple, compréhensible, que j’affine ensuite progressivement, l’IA saute directement à la version optimisée, trop sophistiquée et complexe à lire, il faut être attentif pour le lire. Ce n’est pas du Marc Levy quoi, mais plutôt les textes de Diderot en fait.
Même Linus Torvalds s’est amusé au VibeCoding. Dans le README de son projet AudioNoise, il explique que la partie visualiseur Python a été essentiellement écrite à coups d’IA. Il reconnaît que c’est efficace, impressionnant même. Mais il insiste sur un point crucial, la maintenance à long terme. Un code performant ne vaut rien si personne ne le comprend réellement.
Le métier de développeur est en train de basculer. On écrira moins de code à la main. On sera augmentés, bien plus rapides et productifs. On pourra construire des applications complexes à une vitesse sans précédent. Mais la difficulté ne disparaît pas pour autant, elle change de place en fait.
Elle se déplace vers la compréhension globale d’un projet. L’art du promptage, du contrôle, sera un enjeu de taille pour ne pas détruire les applications dans le temps. La difficulté se déplace également vers la capacité à auditer le code de l’IA dans un seul but, pouvoir le maintenir dans le temps. Car un code que l’on n’écrit pas est moins simple à lire.
C’est un peu comme conduire. Je suis attentif pour ne pas perdre le contrôle. Tant que vous anticipez, que vous comprenez la route et le comportement des autres, tout va bien. Mais si vous lâchez l’attention, même avec une voiture de type K2000 équipée d’un turbo boost, vous pouvez finir enseveli six pieds sous terre, le risque reste bel et bien là.
Ce qu’il me reste à faire maintenant, c’est reprendre le contrôle. Ouvrir chaque fichier généré. Comprendre le code et les ajouts. Vérifier que Codex n’a pas foutu un bordel monstre. Si je maîtrise tout ce que je vois, alors je garde. Sinon, je reprends une logique fidèle à mes habitudes.
Parce qu’un jour je n’ai pas envie d’ouvrir mon application et de me retrouver face à un code que je ne maîtrise plus.



