Blu-ray illisible disque defectueux disc rot

Collectionneurs de Blu-ray, attention, ils ne sont pas éternels

C’est un scénario catastrophe qui touche tous les collectionneurs de films. Imaginez, vous êtes sur le point de déballer un film pourtant sous blister et aussitôt avalé par votre lecteur préféré un message inattendu se pointe “Disque illisible” ou encore “Erreur de lecture” ou pire le film se fige en plein milieu d’une scène qui vous fige le cerveau. La dure réalité vous rattrape et vous ne comprenez pas, car le disque n’a aucune rayure, aucune trace visible et pourtant le bouzin ne marche pas.

Au début, on se dit que c’est un cas isolé et après tout, les disques laser nous ont toujours été présentés comme des supports capablent de traverser des décennies sans broncher à condition d’en prendre soin. Sauf que la réalité n’est pas celle promise. Des collectionneurs du monde entier racontent la même histoire. Ce sont des éditions limitées, des coffrets collectors, des films jamais visionnés qui sont devenus inutilisables entre le moment de l’achat et celui où, enfin, ils décident de les regarder. Un type rapporte que son édition Sin City, restée scellée pendant des années, était finalement morte le jour où il a voulu la regarder. Sur les forums comme Home Theater Forum ou AVForums, les témoignages sont nombreux, certains estiment que jusqu’à 10 % de leur collection sont déjà hors service, sans raison apparente.

Derrière ce phénomène se cache un problème bien réel, et particulièrement vicieux : le “disc rot”, ou “pourrissement du disque”. Pas question ici de manipulations maladroites ou de stockage négligé. Non, les coupables sont évidemment les matériaux pour la fabrication. Entre 2008 et 2012, certains lots de Blu-ray et DVD ont été fabriqués avec des colles ou résines défectueuses, utilisées pour assembler les couches du disque. Avec le temps, ces matériaux se dégradent, laissant pénétrer l’air et l’humidité qui attaquent la fine couche métallique où sont gravées les données. Résultat, des taches brunâtres peuvent apparaitre sous la surface, les erreurs de lecture se multiplient, et les disques finissent par devenir totalement inutilisables, et pourtant ils ont passé leur vie bien au chaud dans leurs boites.

L’affaire est connue sous le nom Résinegate, autrement dit le scandale de la résine. En France, l’usine QOL, près de Dreux qui presse les disques, a reconnu en 2015 avoir utilisé une résine corrompue lors de productions réalisées entre juin 2008 et juin 2009. Les dégâts se sont révélés importants et ont touché de nombreux éditeurs comme M6 Vidéo, Gaumont Pathé, EuropaCorp ou Wild Side. Plusieurs films emblématiques comme The Fountain, L’Incroyable Hulk, Gangs of New York ou 127 heures ont été victimes du phénomène. QOL a mis en place une procédure d’échange pendant cinq ans puis certains éditeurs comme Gaumont ont repris le relais avec leurs propres campagnes de remplacement.

Sachez qu’il existe une liste détaillée d’environ 650 disques mise à jour par des passionnés et des éditeurs, elle est considérée comme la référence en France sur le sujet et se trouve sur le site https://bluraydefectueux.com/

Même les Blu-ray et DVD récents ne sont pas épargnés par le disc rot. Des éditions sorties après 2015, présentent des défauts de fabrication. Par exemple, le coffret collector Game of Thrones Saison 8 en Blu-ray 4K/UHD (2019) a été signalé illisible. Darkman Édition ultime (2017) , pressé par Optical Discs Spain, est, lui aussi, répertorié pour des erreurs de lecture et de traces d’oxydation. Ghost in the Shell Arise (2014) figure parmi les titres touchés par des défauts de pressage. Apocalypse Now Édition définitive (2011), toujours disponible à la vente, est lui aussi concerné par des disques qui finissent par devenir illisibles avec le temps. The Dark Knight Rises (coffret Nolan, 2015) et « Alien: Covenant » (2017, Technicolor) ont également été identifiés comme problématiques, avec des cas de disques non reconnus ou de dégradation prématurée. Ces exemples, confirmés en 2024, rappellent que la qualité des matériaux reste un enjeu et même pour les sorties récentes.

Que faire alors. La communauté conseille de surveiller régulièrement l’état des disques de la période critique et de vérifier la surface à la lumière. Un disque sain est argenté uniforme alors qu’un disque atteint montre souvent une auréole brune autour du centre. Il vaut mieux tester de temps en temps la lecture sur différents lecteurs, car certains appareils récents comme la PS4 arrivent encore à corriger temporairement les erreurs. Dès qu’un problème apparaît, il faut contacter l’éditeur pour demander un échange. Comme je le disais plus haut, Gaumont, Pathé et Criterion continuent d’échanger les disques défectueux issus de leurs catalogues, tout comme Warner, qui a lancé un programme dédié pour ses disques problématiques.

En attendant, la seule solution vraiment fiable reste de multiplier les sauvegardes. Certains passionnés n’hésitent pas à créer des copies en images ISO de leurs disques ou de les ripper en .MKV, même si cette pratique soulève des questions de légalité. Mais je pars du principe que si vous possédez un support physique, alors, vous êtes dans votre droit de le copier tant qu’il reste dans la sphère privée.

La plupart des Blu-ray et DVD bien conservés tiennent parfaitement après 15 ans. Pourtant, des centaines de titres sortis entre 2008 et 2012 ont déjà été perdus à cause de défauts de fabrication. Cette situation nous oblige à conclure qu’un support physique, aussi robuste soit-il, n’est jamais à l’abri d’une usure prématurée. La qualité des matériaux et les conditions de stockage jouent un rôle clé. Pour les collectionneurs, la seule chose à faire c’est de vérifier régulièrement l’état des disques et profiter des programmes d’échange tant qu’ils existent.

Enfin, et on terminera là-dessus avec un joli tableau, les disques vierges enregistrables sont encore plus fragiles que les disques pressés en usine. Les CD-R de bonne qualité avec une couche de colorant à base de phtalocyanine et une couche réfléchissante en or peuvent durer plus de 100 ans dans des conditions idéales, mais la plupart des DVD±R et BD-R enregistrables ont une espérance de vie bien plus courte, souvent entre 5 et 20 ans seulement. Les DVD±R avec une couche métallique en argent ou en alliage d’argent sont particulièrement sensibles à l’oxydation, et les Blu-ray enregistrables sont considérés comme les moins stables, avec une durée de vie estimée entre 5 et 10 ans selon une étude menée par l’Institut canadien de conservation en 2018. Je vous quitte ici avec ce récap’ de l’étude. Alors à vos stocks les amis et si vous tenez à certaines de vos galettes rares alors, il va falloir les stocker sur plusieurs supports pour être certains de conserver une copie en bonne forme.

Formats de disque optique Durabilité moyenne
CD-R (colorant à base de phtalocyanine et couche métallique en or) Plus de 100 ans
CD-R (colorant à base de phtalocyanine et couche métallique en alliage d’argent) 50 à 100 ans
DVD-R (couche métallique en or) 50 à 100 ans
CD (lecture seulement; par exemple, un CD audio) 50 à 100 ans
CD-RW (CD réinscriptible) 20 à 50 ans
BD-RE (disque Blu-ray réinscriptible) 20 à 50 ans
DVD+R (couche métallique en alliage d’argent) 20 à 50 ans
CD-R (colorant à base de cyanine ou azoïque, couche métallique en alliage d’argent) 20 à 50 ans
DVD+RW (DVD réinscriptible) 20 à 50 ans
Disque BD-R (sans colorant, couche métallique en or) 10 à 20 ans
DVD-R (couche métallique en alliage d’argent) 10 à 20 ans
DVD et disque BD (lecture seulement; par exemple, un film sur DVD ou disque Blu-ray) 10 à 20 ans
Disque BD-R (avec ou sans colorant, simple couche ou double couche) 5 à 10 ans
DVD-RW (DVD réinscriptible) 5 à 10 ans
DVD+R DL (double couche) 5 à 10 ans